Cette thèse étudie l'inflation en tant que phénomène émergent résultant d'interactions microéconomiques plutôt que comme un simple agrégat macroéconomique. Allant au-delà des approches conventionnelles basées sur l'équilibre, ce travail examine comment les complexités du monde réel - incluant les imperfections de marché, les facteurs institutionnels et les agents hétérogènes - façonnent la dynamique inflationniste.Tout d'abord, nous passons en revue les fondements théoriques de l'analyse de l'inflation, en comparant cinq grands paradigmes : le courant néo-keynésien, post-keynésien, institutionnaliste, structuraliste et celui de la macroéconomie en déséquilibre. Ces approches sont confrontées en termes de postulats de base, de fondements méthodologiques et d'implications en matière de politique économique. Bien que l'approche néo-keynésienne reste dominante et attribue l'inflation à un excès de demande et aux anticipations, elle peine à rendre compte des éléments récents reliant l'inflation à l'augmentation des profits, aux goulets d'étranglement sectoriels et à un manque de coordination. Les cadres alternatifs mettent l'accent sur les conflits de répartition, le pouvoir de fixation des prix et les rigidités structurelles comme facteurs clés de l'inflation. Le chapitre soutient qu'une compréhension plus complète des dynamiques inflationnistes récentes exige d'articuler les apports de ces différentes traditions et de recourir à des outils capables de représenter l'hétérogénéité, les imperfections de marché et les processus hors équilibre.Ensuite, nous développons un modèle numérique pour étudier comment les facteurs de demande et d'offre interagissent pour générer de l'inflation. Le modèle simule une économie avec des entreprises et travailleurs hétérogènes, une concurrence imparfaite et des interactions de marché décentralisées. Calibré sur des données européennes, il reproduit des dynamiques inflationnistes réalistes. Les résultats indiquent que les chocs de demande déclenchent une inflation tirée par les salaires, que les chocs de productivité affectent les prix sans altérer la distribution des revenus, et que les chocs énergétiques conduisent à une "inflation des vendeurs" où les entreprises augmentent en même temps leurs marges de profit et leurs prix.Puis, nous étendons le modèle pour analyser l'efficacité de la politique monétaire face à différents chocs inflationnistes. Les simulations révèlent que les variations des taux d'intérêt ont des effets asymétriques : elles sont relativement efficaces contre l'inflation par la demande mais moins contre les chocs d'offre, souvent au prix d'un chômage accru. Ces résultats suggèrent que les banques centrales pourraient avoir besoin de réponses sur mesure selon l'origine de l'inflation.Ensuite, nous passons à une analyse empirique de la relation entre croissance des salaires et conditions du marché du travail en France. Nous montrons que la prétendue disparition de la Courbe de Phillips des salaires provient de mesures trop larges du chômage. En distinguant chômeurs de courte durée (qui exercent une pression active sur les salaires) et de longue durée (qui ressemblent aux inactifs), la relation salaires/chômage réapparaît.Enfin, la thèse examine les inégalités d'inflation entre ménages italiens durant la flambée des prix 2021-2023. Les données détaillées de dépenses révèlent que l'inflation a affecté disproportionnellement les ménages à faible revenu, notamment via les prix de l'énergie et des biens essentiels. Une analyse fine des prix (au niveau produits) montre que les mesures conventionnelles sous-estiment ces impacts distributifs.
Leonardo Ciambezi (Thu,) studied this question.