Cet article examine le lexique des émotions dans les témoignages d’internés du camp de Rivesaltes — Républicains espagnols et Juifs — durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’inscrit dans une démarche lexico-discursive visant à comprendre comment les témoins expriment l’indicible, c’est-à-dire leurs émotions profondes et traumatiques. Les récits mettent en évidence une prépondérance des émotions dysphoriques, telles que la peur, l’angoisse, la souffrance, la honte et la tristesse, reflétant la violence, le déracinement et les privations subies par les internés. Ces émotions sont souvent renforcées par des marqueurs temporels et des verbes de la mémoire, soulignant leur persistance et leur ancrage dans la mémoire traumatique. En revanche, les émotions euphoriques, bien que rares, apparaissent à travers des sentiments de joie, de contentement ou d’espoir, traduisant une capacité de résilience et de reconstruction malgré l’adversité. L’analyse textométrique permet de visualiser les occurrences et cooccurrences des mots émotionnels, révélant la manière dont le lexique contribue à la construction de l’ethos du témoin, entre victime et survivant. Enfin, le témoignage apparaît comme un acte éthique et social, visant à transmettre l’expérience vécue et à préserver la mémoire collective. Dire l’indicible transforme le récit en mémoire vivante, faisant des témoignages des récits du trauma et de la résistance.
Nesrine Raissi (Mon,) studied this question.
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