Cette thèse examine l’intégration psychologique et socioculturelle des réfugiés et demandeurs d’asile afghans en France à travers un design mixte séquentiel exploratoire. Alors que la recherche existante a largement mis l’accent sur les indicateurs structurels de l’intégration tels que l’emploi, le logement ou le statut légal, relativement peu d’attention a été portée aux dimensions psychologiques et identitaires de l’adaptation (Donini et al., 2016 ; Ryan et al., 2008 ; Theisen-Womersley, 2021). Pour combler cette lacune, cette thèse analyse comment la perception de la contrainte migratoire, les périls liés à la migration, la discrimination et les traumatismes influencent le bien-être psychologique des réfugiés, la continuité du soi et leur intégration socioculturelle.La phase qualitative a impliqué des entretiens semi-directifs avec 14 réfugiés et demandeurs d’asile afghans résidant à Paris et à Toulouse. Guidée par le modèle PARI (Echterhoff et al., 2020), le concept de continuité du soi (Sedikides et al., 2023) et le modèle d’identité sociale du changement identitaire traumatique (Muldoon et al., 2020), l’analyse a mis en évidence des trajectoires d’adaptation hétérogènes. Les récits ont révélé des formes fragiles d’ajustement marquées par la marginalisation et une continuité du soi perturbée, aux côtés de formes plus équilibrées d’intégration biculturelle (Berry, 1997, 2005). Les participants ont souligné les effets perturbateurs des traumatismes, l’insécurité des procédures d’asile et l’exclusion, mais aussi le rôle protecteur du lien entre passé et présent. Ils ont également mis en avant les stresseurs post-arrivée tels que la précarité du logement et les barrières linguistiques, tout en démontrant de l’agence et de la résilience grâce à leurs aspirations et réseaux sociaux.À la suite des résultats qualitatifs, la phase quantitative a été conçue pour tester et généraliser ces résultats sur un échantillon plus large. Une enquête auprès de 101 réfugiés afghans a mesuré la contrainte perçue, les périls migratoires, la discrimination, l’intégration socioculturelle, les processus d’identité sociale et la continuité du soi. Bien que les hypothèses de médiation n’aient pas été confirmées, une analyse exploratoire par profils latents a identifié quatre trajectoires d’adaptation distinctes, allant d’une assimilation fragile et de la marginalisation à des formes plus résilientes et biculturelles d’intégration. Ces profils reflétaient étroitement les résultats qualitatifs, soulignant à la fois la vulnérabilité et la résilience dans l’intégration des réfugiés et demandeurs d’asile afghans.En combinant approches qualitative et quantitative, cette thèse démontre que l’intégration n’est ni linéaire ni uniforme mais constitue une négociation multidimensionnelle entre perte, continuité et appartenance. Les résultats contribuent à une meilleure compréhension des fondements psychologiques de l’intégration des réfugiés et mettent en lumière le rôle central de la continuité du soi dans la navigation du déplacement forcé et la reconstruction identitaire en exil.
Bashria Jan Sarwari (Thu,) studied this question.