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Qu'est-ce-que l'eau ?Dans cet ouvrage, Jamie Linton nous livre une réponse nuancée et novatrice à cette question prétendument commune.À la manière d'autres géographes politiques, s'inspirant de la sociologie des sciences et de la political ecology, il livre une autre histoire d'un élément que nous pensions bien connaître.Le sujet est ici l'« eau moderne », que Linton définit comme l'identité contemporaine de l'eau.Il retrace le processus d'abstraction qui expliquerait la transformation d'une eau autrefois hétérogène et complexe par une eau unidimensionnelle, quantitative, monétaire, puis rare.L'auteur livre un travail d'analyse ambitieux, scrutant les traits de l'« eau moderne » à travers la littérature, les sciences, mais également l'histoire environnementale et politique des États modernes occidentaux.Pour J. Linton, l'eau et la société se construisent mutuellement.L'identité de l'eau est mouvante, elle varie selon les temporalités et les espaces, et cristallise les relations nature-société existantes à un moment donné.La science, la politique et la religion sont autant de moyens par lesquels l'eau et la société se sont mutuellement transformées.L'« eau moderne » est donc pensée comme la façon actuellement dominante de fixer les relations mouvantes entre l'eau et la société.Cet ouvrage nous rappelle celui d'André Guillerme, Les Temps de l'eau (1983), dans lequel l'auteur associe l'histoire des rivières du Nord de la France à celle des hommes et des villes.Néanmoins, J. Linton dépasse ici l'échelle locale ainsi que la matérialité des rivières pour tenter de retracer l'histoire d'une conception de l'eau d'abord occidentale, puis mondialisée.Les quatre temps de cet ouvrage suivent la biographie de l'« eau moderne ».Le lecteur assiste à sa naissance, puis à son apogée, mais aussi à sa crise, et il est finalement appelé à penser le futur sans elle.La première partie contient, en substance, les éléments essentiels du livre.Elle vise à « fixer ce qui coule », comme écrit l'auteur, c'est-à-dire à définir cette « eau moderne ».Elle est, selon lui, non historicisée, non politique, non territoriale et désencastrée des relations sociales.J. Linton explique le succès de ce concept par plusieurs de ses vertus.Le caractère unidimensionnel de l'eau, définie uniquement par ses qualités chimiques ou hydrauliques, en facilite la gestion.Son abstraction H 2 O est universelle, permettant d'y réduire les eaux plurielles issues de différentes sources ou territoires.Enfin, sa représentation la plus célèbre, le cycle de l'eau, confère à l'« eau moderne » des qualités naturelles lui donnant par là autorité.
A Thu, study studied this question.