Dans une population, les individus varient de manière cohérente dans leurs comportements : ils diffèrent dans leur personnalité. Alors que la recherche s'est longtemps concentrée sur la réponse des populations aux changements environnementaux, de plus en plus d'études montrent que la personnalité a un impact non négligeable sur la performance individuelle, avec des implications majeures pour la persistance des populations, leur dynamique et, plus largement, le fonctionnement des écosystèmes. La personnalité influence l'expression de comportements essentiels comme l'activité, la réactivité au stress ou encore les stratégies anti-prédateurs. Plus récemment, plusieurs études ont mis en évidence des différences interindividuelles en termes de mouvement. En effet, le mouvement est un comportement fondamental permettant aux individus de faire face à la variabilité spatiotemporelle de leur environnement et joue un rôle déterminant dans la résilience des populations sauvages face à des changements environnementaux rapides. Les individus se déplacent à différentes échelles spatiotemporelles, que ce soit pour la dispersion natale, la migration ou encore la recherche alimentaire au sein de leur domaine vital. Grâce aux avancées du biologging, l'étude de la personnalité des animaux sauvages peut se faire au travers des différences interindividuelles de tactiques de mouvement. L'objectif principal de cette thèse est donc de mieux comprendre les causes et les conséquences des différences de personnalité dans une population sauvage de chevreuils habitant un paysage très hétérogène dominé par les activités humaines, et plus particulièrement d'étudier l'interaction complexe entre personnalité et environnement dans la détermination du mouvement des animaux.Dans un premier temps, nous avons montré que les individus expriment des tactiques de mouvement cohérentes, qui peuvent potentiellement influencer leur utilisation des ressources et leur exposition aux risques au sein d'un paysage hétérogène. Toutefois, ces tactiques ne sont que faiblement corrélées à la réponse au stress, suggérant que les comportements mesurés dans des conditions standardisées ne constituent pas toujours des indicateurs fiables de la personnalité des individus en milieu naturel. De plus, certains traits de mouvement sont structurés spatialement et corrélés à la composition du paysage : les individus exprimant des tactiques de mouvement similaires tendent à utiliser des environnements comparables, formant ainsi des groupes de personnalités. La composition et la structure du paysage ayant une influence non négligeable sur le mouvement, il est possible que les différences de personnalité observées résultent donc d'un ajustement comportemental aux conditions locales, plutôt que de facteurs individuels. En effet, certains traits de mouvement semblent être déterminés par le paysage tandis que d'autres découlent plutôt de caractéristiques individuelles, dont la personnalité. Enfin, nous avons mis en évidence le lien entre personnalité, incluant la prévisibilité et la plasticité comportementale, et performance individuelle, mesurée au travers de la survie des individus. La mortalité des individus dépend à la fois du comportement individuel de prise de risque et de la cause de mort (par ex. chasse, prédation, causes naturelles). Ces résultats apportent donc un nouvel élément de réponse en faveur du maintien des différences de personnalités au sein d'une population par la sélection différentielle.Dans l'ensemble, nos résultats suggèrent que, bien que les individus puissent exprimer des tactiques de mouvement différentes en fonction de leur personnalité, l'environnement joue un rôle déterminant dans la variation interindividuelle du comportement. Ce travail constitue une première étape dans l'identification des rôles respectifs de la personnalité et de la structure du paysage sur les tactiques de mouvement.
Inès Khazar (Fri,) studied this question.