Les paiements pour services environnementaux (PSE) consistent à rémunérer des agriculteurs volontaires pour mettre en œuvre un cahier des charges agro-environnemental sur leur exploitation. Ces PSE sont généralement proposés aux agriculteurs sous la forme d'un montant fixe, en échange du respect de cahiers des charges prédéfinis. Cependant, en présence d'asymétrie d'information sur les coûts supportés par les agriculteurs pour respecter ces cahiers des charges, les enchères agro-environnementales (EAE), qui allouent les paiements aux agriculteurs ayant soumis les meilleures offres, sont souvent considérés comme une alternative plus coût-efficace. Dans ces enchères, les offres les mieux classées sont retenues en priorité, jusqu'à l'atteinte d'une contrainte fixée par l'acheteur, généralement un budget maximum ou un objectif environnemental, ce qui permet en théorie de réduire les rentes informationnelles des agriculteurs. L'idée que les enchères doivent être à la fois performantes du point de vue de l'acheteur de services environnementaux (SE) et acceptables pour les agriculteurs est au cœur des analyses développées dans cette thèse. Cette thèse est structurée en quatre chapitres. Le premier chapitre propose une comparaison expérimentale d'une enchère avec contrainte d'objectif (classiquement étudiée en théorie des enchères) et une enchère avec contrainte de budget (généralement utilisée en pratique). Ce chapitre s'appuie sur une approche innovante basée sur une expérience décontextualisée en ligne combinant la strategy method et la simulation de résultats d'enchères correspondants à l'ensemble des réalisations de coûts possibles pour différents groupes de participants à l'expérience. Les résultats indiquent que, pour un budget moyen équivalent, annoncer une contrainte de budget est plus performant qu'annoncer une contrainte d'objectif. Le deuxième chapitre prolonge le précédent en introduisant un nouveau format d'enchère : la double contrainte. Dans ce format, les offres les mieux classées sont retenues jusqu'à ce que l'une des deux contraintes, budget ou objectif, soit atteinte. Les résultats montrent qu'annoncer simultanément les deux contraintes ne permet pas à l'acheteur d'obtenir autant de SE que lorsqu'il n'en annonce qu'une des deux, mais il les obtient à un coût unitaire moyen plus faible. L'acheteur doit donc arbitrer entre obtenir une plus grande quantité de SE ou maximiser l'efficacité-coût de l'enchère. D'autres traitements avec un niveau de budget relativement plus élevé révèlent qu'annoncer simultanément une contrainte de budget plus large avec la même contrainte d'objectif détériore l'efficacité-coût de l'enchère double contrainte.Le troisième chapitre propose d'évaluer si, pour acheter une quantité donnée de SE, un acheteur a intérêt à organiser une seule enchère à grande échelle ou plusieurs enchères à petite échelle. L'analyse montre qu'augmenter la taille d'une enchère permet de réduire le coût-unitaire pour l'acheteur sans impact significatif sur les rentes informationnelles obtenues par les enchérisseurs. Le quatrième chapitre examine l'acceptabilité des enchères du point de vue des agriculteurs en s'appuyant sur une enquête (survey experiment) menée auprès de plus de 4000 agriculteurs. Les résultats de cette enquête montrent qu'en moyenne, les agriculteurs préfèrent une allocation des PSE par enchères par rapport à une allocation à prix fixe sur le principe du “premier arrivé, premier servi”. En outre, les répondants ont en moyenne une préférence pour enchérir sur les termes du cahier des charges plutôt que sur le montant du paiement ou sur les deux simultanément. Cette thèse contribue clarifier le rôle de certains paramètres clés dans la performance et l'acceptabilité des EAE. En outre, l'enquête menée auprès d'un vaste échantillon d'agriculteurs montre que la plupart d'entre eux ne sont pas réfractaires à ce mode d'allocation des PSE, même au contraire.
Adrien Coiffard (Thu,) studied this question.