Si l’histoire et l’historiographie italiennes n’étaient pas au cœur des préoccupations de Marc Bloch, il s’y intéressa néanmoins à la fois comme auteur de La société féodale et comme codirecteur des Annales . Cet article propose d’éclairer d’un jour nouveau ses liens avec les chercheurs italiens, en identifiant en Gino Luzzatto (1878-1964) – lui aussi médiéviste et historien de l’économie – le collègue avec lequel Bloch se sentit le plus proche, tant sur le plan intellectuel que personnel. Il s’appuie pour cela sur les traces rares mais révélatrices de leurs échanges, élargissant ainsi les approches existantes de l’histoire de l’historiographie. Bien qu’il ne subsiste pratiquement aucune correspondance entre Bloch et Luzzatto, un faisceau de sources indirectes, parmi lesquelles des lettres de tiers, des comptes rendus, des références bibliographiques, des dédicaces, des gloses manuscrites et des fiches, permet de reconstituer leurs intérêts communs et atteste leur admiration mutuelle. Les deux historiens ne se rencontrèrent qu’une seule fois, à Venise, en septembre 1934, mais ils partageaient des affinités qui dépassaient le seul cadre académique, liées aussi à leur condition de Juifs assimilés et à leur engagement antifasciste. Luzzatto manifesta un intérêt prononcé pour les travaux de Bloch consacrés à l’histoire de l’agriculture, des techniques et de la propriété foncière, dont il contribua, après la Seconde Guerre mondiale, à en maintenir vivants l’héritage et la réception en Italie.
Munari et al. (Mon,) studied this question.
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