Cet article s’inscrit dans le cadre d’une recherche en Analyse du discours (AD) portant sur des récits de soi d’hommes ayant vécu une thérapie de conversion. La fréquence élevée de nominalisations (forme syntaxique communément associée au préconstruit) a conduit à réexaminer les critiques formulées par Pêcheux à l’encontre des théories sémantiques développées jusqu’aux années 1970, les outils issus de l’AD s’avérant insuffisants pour l’interprétation de certaines occurrences, notamment celles dérivées de prédicats psychologiques. Alors que l’AD s’est historiquement concentrée sur certaines zones d’« incomplétude » de la syntaxe, liées à l’actualisation des arguments verbaux et conçues comme des points clés pour la saisie du préconstruit, l’article interroge : que devient cette hypothèse si les avancées contemporaines en syntaxe et en sémantique lexicale permettent de lever, au moins partiellement, le paradoxe de l’actualisation des arguments ? Un dialogue critique avec la sémantique lexicale, notamment avec les travaux sur la structure événementielle, montre que cette approche échappe au paradigme réductionniste visé par Pêcheux. Sans absorber ni axiomatiser le préconstruit, la sémantique lexicale en précise toutefois certains traits. L’article soutient ainsi que l’interface entre syntaxe et sémantique, conçues comme des modules autonomes, constitue un lieu heuristique pour l’AD, sans remettre en cause le caractère irréductiblement discursif et idéologique du préconstruit.
Ricardo Bibiano (Mon,) studied this question.