Cet article vise à explorer comment trois poètes multilingues conçoivent des pratiques poétiques qui défient le paradigme monolingue. Bien que ces poètes s'attaquent fermement à l'univocité du paradigme linguistique dans la tradition poétique anglaise, l'auteur soutient qu'ils deviennent, pour reprendre les mots de Zoe Skoulding, « un moyen de résister au poids des histoires racistes et coloniales qui influencent la langue anglaise et sa présence contemporaine dans le monde » (2021). La perspective dominico-américaine de Rhina P. Espaillat, la perspective afro-britannique de Denis Morgan et la perspective arabe marocaine de Touria Nakkouch les distinguent largement. Cependant, tous trois s'engagent dans l'écriture poétique comme un processus dynamique de négociation de sens entre deux langues. Par le biais du changement de code (Espaillat), de la parodie de tropes littéraires (Nakkouch), ou à travers le langage corporel (Morgan), ils adoptent des positions critiques contre les langues « globalistes » en raison de leur impérialisme, de leur (euro)centrisme et de leur hégémonie. L'importance de cette étude réside dans le tournant que prend l'auteur en déplaçant la poésie multilingue marocaine de son moule classique et en l'intégrant dans une conversation poétique globale. Par ce moyen, l'auteur force le multilinguisme marocain à sortir de la zone de confort des études postcoloniales et lui permet de s'envoler vers les sommets de la poésie mondiale. L'approche de cette étude est comparatiste, car elle alterne la lecture rapprochée des textes avec la lecture éloignée. Mettre les trois poètes en dialogue avec un anglais hégémonique soutient l'idée de pluri-vocalité comme étant au cœur d'un projet multilingue de création d'espaces multiculturels et de promotion d'une justice linguistique mondiale.
Touria Nakkouch (Samedi,) a étudié cette question.