Bien que la diffusion de l'intersectionnalité soit intrinsèquement positive, plusieurs penseurs ont souligné les problèmes associés à sa popularité, qui peuvent conduire à des formes de cooptation et/ou d'appropriation par les féminismes blancs, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du milieu académique. Ces critiques ont trouvé un écho parmi certaines féministes occidentales qui font face à une situation complexe. D'une part, l'intersectionnalité a élargi les horizons analytiques du féminisme, révélant les limites de l'approche « partir de soi » au profit d'une analyse plus systémique de l'oppression. D'autre part, des penseurs noirs et décoloniaux ont exposé les dynamiques de ventriloque souvent à l'œuvre dans le féminisme occidental. Cet article examine cette tension, cherchant à aborder des questions telles que : Comment peut-on trouver un équilibre entre un universalisme violent et le personnalise des luttes ? Quelles méthodologies de recherche pourraient permettre la reconnaissance des différences socioculturelles tout en favorisant la création d'un terrain d’entente pour définir un sujet politique collectif ? S'appuyant sur des perspectives féministes et décoloniales, cet article aborde l'une des apories centrales du féminisme contemporain, visant à contribuer à la théorie et à la pratique féministes en offrant des outils conceptuels et méthodologiques qui approfondissent la compréhension des relations de pouvoir au sein même des féminismes. Pour ce faire, l'article commence par examiner de manière critique des concepts récurrents dans le féminisme dominant tels que le privilège et l'alliance, et il identifie ensuite deux trajectoires qui pourraient soutenir le développement d'un modèle de recherche intersectionnelle plus ancré : décoloniser le concept d'alliance et glitcher l'académie à travers la solidarité féministe.
Virginia Musso (Jeu,) a étudié cette question.