Cet article examine le rôle des coopératives et des sociétés d'entraide dans la formation de l'agence politique des travailleurs qualifiés dans la France du Second Empire, en se concentrant particulièrement sur les rapports rédigés par les délégués commerciaux parisiens lors de l'Exposition universelle de 1867. En dépassant la dichotomie historiographique entre respectabilité et résistance, l'étude postule que les travailleurs ont articulé une politique distinctive de dignité, une affirmation de la valeur personnelle ancrée dans des valeurs morales et sociales collectives plutôt que dans la simple assimilation aux normes promues par les classes dominantes. Les délégués commerciaux ont fortement insisté sur la morale dans leurs rapports. Cependant, ce langage n'était pas seulement une stratégie d'acceptation sociale. Au contraire, il a servi de moyen par lequel les travailleurs ont affirmé une hiérarchie alternative de valeurs et remis en question les structures de pouvoir dominantes. Dans un contexte où le Second Empire cherchait à promouvoir le capitalisme industriel et menaçait les réglementations commerciales coutumières, l'associationnisme des travailleurs est devenu un véhicule crucial pour la formation d'identité et l'action collective. Alors que le paysage économique et social évoluait rapidement, les coopératives et les sociétés d'entraide, aux côtés de la défense des droits civiques et du syndicalisme, se sont développées comme des stratégies interconnectées pour sécuriser des espaces d'autonomie et envisager un ordre alternatif où les travailleurs pouvaient mener une vie digne.
Samuel Boscarello (jeu,) a étudié cette question.