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Résumé La diffusion des Leçons de ténèbres dans la capitale française puis dans de grandes villes provinciales a contribué à l'évolution des pratiques musicales et à la sensibilité des auditeurs et a favorisé l'incorporation de la musique religieuse dans les calendriers musicaux laïques. Cela explique pourquoi, à partir de la fin du XVIIe siècle, ce genre a été au centre des critiques de la part de clercs et de laïcs de différentes croyances, qui ont dénoncé la contamination de l'église par l'opéra, utilisant l'argument conventionnel de l'antithéâtralité. Initialement centrée sur les Leçons, les termes et arguments de la critique utilisés contre les Leçons sont devenus instrumentaux dans la critique janséniste de la musique moderne tout au long du XVIIIe siècle, en particulier pour contester le patronage musical jésuite et la conception sensualiste de la musique pour les services religieux. Alors que la critique janséniste dépeint une opposition irréductible entre les opposants et les partisans de la musique moderne, ces derniers étant assimilés aux jésuites, l'article met en lumière les ambiguïtés des positions jansénistes. Une analyse de ces critiques révèle une double référence à la tradition augustinienne, d'une part concernant l'opposition entre musica luxuriantis et musica sapientis et, d'autre part, une réflexion morale sur la légitimité du plaisir musical basée sur l'introspection individuelle. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la condamnation de toutes les formes modernes de musique religieuse semblait contredire la revendication d'une part de cet héritage augustinien.
Thiérry Favier (Thu,) a étudié cette question.