Cet essai soutient que la boîte noire—à la fois comme dispositif cryptique et comme critique de l'illégibilité—n'est pas unique à la technologie moderne et a des racines profondes dans le monde méditerranéen médiéval. L'opacité technique était souvent abordée dans des sources latines et arabes, souvent avec un ton critique. Alors comme aujourd'hui, les écrivains technosceptiques voyaient le dispositif auto-agissant comme traître, en raison de sa dépendance au travail caché et aux mécanismes. Cette critique est née en particulier en lien avec des dispositifs étrangers ou inconnus, comme les idoles animées; en tant que tel, elle était souvent racialisation, attribuant l'opacité ainsi que la tromperie à l'objet et à ses créateurs. Les critiques modernes de la technologie qui se concentrent sur le travail invisible peuvent reproduire des biais similaires en imposant une perspective privilégiée du premier monde. Une approche transhistorique montre donc non seulement l'histoire durable de la boîte noire ; elle éclaire également la généalogie religieuse du techno-scepticisme, ainsi que les biais qui résident dans la boîte noire, en particulier lorsqu'elle est utilisée comme discours critique.
Lamia Balafrej (Mardi,) a étudié cette question.