Malgré l'endurance de l'unipolarité en termes matériels, la Russie insiste sur le fait que le monde est désormais multipolaire. Dans cet article, je soutiens que de telles affirmations fonctionnent moins comme un diagnostic empirique et plus comme une stratégie rhétorique de recherche de statut de grande puissance. Des revendications de statut discursif explicites risquent d'apparaître vaines et peuvent donc se retourner contre leur auteur. À cette fin, la Russie invoque la multipolarité pour récupérer son statut de grande puissance sans demander explicitement du prestige. L'article identifie trois conditions qui permettent à cette stratégie de prendre de l'ampleur : l'essor de la Chine et sa réticence à adopter une structure bipolaire ; le recadrage normatif de la multipolarité vers quelque chose d'inherently juste et équitable ; et l'autorité persistante du langage réaliste en politique mondiale. L'article retrace comment ce récit a gagné en traction non seulement parmi les partenaires stratégiques de la Russie, mais aussi parmi les puissances occidentales. Leur adoption de la rhétorique multipolaire contribue à valider la revendication de la Russie. L'article conclut que la multipolarité, loin d'être un terme analytique neutre, est devenue un véhicule de recherche de statut parmi les grandes puissances sous le couvert d'une description structurelle.
Pål Røren (Sun) a étudié cette question.