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DANS L'ÉTAT ACTUEL du monde de l'art, il est possible qu'une peinture soit exposée qui n'est qu'un carré de toile apprêtée, ou qu'une sculpture soit montrée qui consiste en une boîte, d'une charpente indiscernable, recouverte d'un ton de chemise banal appliqué de manière décontractée avec un rouleau. De telles œuvres peuvent être considérées comme largement vides, comme elles le sont en effet lorsque nous les contrastons avec La Légende de la Vraie Croix de Piero della Francesca, ou la dernière avec l'Apollon du Belvédère. Pourtant, la peinture n'est pas dans le même sens qu'un carré de toile apprêtée, indiscernable de notre travail, peut l'être : une toile attendant une Annonce, par exemple ; ou la manière dont une caisse indiscernable de notre sculpture peut être, qui attend une cargaison de bric-à-brac et un document d'expédition. Car vide tel qu'appliqué à nos œuvres est un jugement esthétique et critique, présupposant que ses sujets sont déjà des œuvres d'art, aussi indéchiffrables que puissent être les différences entre elles et des objets qui, ne étant pas des œuvres d'art, rejettent de tels prédicats en tant que classe. Nos œuvres sont intitulées Sans Titre. C'est un titre de quelque sorte plutôt qu'une simple déclaration de fait, comme cela l'est parfois lorsque un artiste néglige de donner un titre à son œuvre et qu'elle entre dans le catalogue raisonné non baptisée. Ainsi en est-il de ces simples objets sans titre qui ne sont pas discernables de nos œuvres, mais
Arthur C. Danto (mar,) a étudié cette question.