La durabilité urbaine dans les pays des Suds dépend considérablement de régimes de travail informel qui demeurent socialement marginalisés et politiquement invisibles. Au Bangladesh, environ 400 000 travailleurs de terrain du secteur des déchets, issus de manière disproportionnée des communautés dalits, recyclent des quantités importantes de déchets solides municipaux, tout en faisant face à une exclusion systémique ancrée dans la stigmatisation liée aux castes, la pauvreté de classe et l'oppression de genre. Cette étude examine comment les vulnérabilités intersectionnelles transforment certains corps en « parias environnementaux » et comment les principes de justice environnementale peuvent guider une gouvernance urbaine plus équitable. En s'appuyant sur des entretiens qualitatifs menés auprès de 35 femmes travaillant dans les déchets, six responsables politiques et trois universitaires, et en utilisant les cadres de l'intersectionnalité de Crenshaw et de la justice environnementale multidimensionnelle de Schlosberg, l'analyse révèle trois mécanismes d'exclusion interconnectés : (1) l'abjection spatiale, où la stigmatisation fondée sur la caste engendre une ségrégation interactionnelle au sein des espaces publics ; (2) la précarité incarnée, où l'oppression genrée et la survie économique restreignent la santé, la mobilité et la capacité d'action ; et (3) l'injustice de reconnaissance, où la négligence institutionnelle naturalise l'invisibilité des travailleurs dans le discours politique. L'article étend le concept de castéisme environnemental au contexte majoritairement musulman du Bangladesh, démontrant comment les logiques de pureté-pollution transcendent les frontières religieuses pour perpétuer la ségrégation professionnelle. Il distingue le castéisme environnemental du racisme environnemental en mettant l'accent sur le stigmate incarné et mobile plutôt que sur la géographie résidentielle. Ainsi, cette recherche contribue aux études critiques sur les déchets et aux travaux environnementaux anti-castes, offrant un cadre pour réinventer la durabilité urbaine dans les pays des Suds. L'étude se conclut par des recommandations politiques concrètes, qui privilégient une gouvernance axée sur la justice plutôt qu'une formalisation technocratique, à la fois à court terme (fournir un salaire minimum, des équipements de protection, des cartes d'identité) et à long terme (organiser des coopératives dirigées par des femmes, des bourses d'études, des formations professionnelles).
Poddar et al. (Thu,) ont étudié cette question.