Cet article retrace l’évolution des pratiques d’écriture documentaire à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et montre combien leur rôle fut central dans la défense des droits de l’institution. Dès le xi e siècle, les moines utilisent des outils variés (historiographie, forgeries, interpolations) pour protéger leur patrimoine face aux contestations, notamment celles émanant des évêques de Paris. Le cartulaire des Trois Croix, élaboré au xii e siècle, constitue un premier socle documentaire, combinant diplomatique et historiographie pour affirmer la libertas du monastère. À partir du xiii e siècle, le contexte économique et institutionnel change. La gestion des terres passe d’un système en faire-valoir direct à une économie centrée sur les rentes. Dans ce cadre, les cartulaires AB et G1 introduisent un classement topographique des actes qui permettent d’optimiser la gestion des possessions et renforcent les droits monastiques face aux tensions croissantes avec les autorités royales et épiscopales. Ces cartulaires traduisent une spécialisation des outils documentaires, avec une attention accrue portée aux dépendances locales, au détriment d’une vision globale du patrimoine. L’article met en lumière l’adaptation des pratiques documentaires aux mutations économiques et politiques, tout en soulignant leur rôle dans la construction de l’identité institutionnelle du monastère. Enfin, il analyse l’effacement progressif de cette riche tradition documentaire à l’époque moderne au profit d’un retour quasi-systématique à son passé carolingien ou à l’érudition mauriste.
Louis Genton (2025) studied this question.