Résumé En 1891, à l’époque de l’impérialisme triomphant, la duchesse d’Uzès fait jouer à Paris Le Cœur et le Sang, un drame en trois actes dont l’intrigue se passe dans l’Algérie coloniale. Dans les années 1860, Mohamed, un caïd soumis aux Français, est épris de la fille d’un riche colon, mais pour celle-ci il est inconcevable d’épouser un Arabe. À l’Arabe allié et assimilé, la duchesse d’Uzès oppose une figure radicale, celle de sa sœur Kadoutja. La jeune femme est furieuse contre Mohamed, qui a renié ses origines et sa religion. Pour elle, son adhésion à l’idéologie et aux valeurs de la société coloniale fait de lui un traître. Elle est aussi révoltée contre le colonisateur. Certes, la pièce n’échappe pas toujours au manichéisme ; elle reflète les idées dominantes de la fin du dix-neuvième siècle et son dénouement ne renverse pas l’ordre établi, mais l’autrice — une des rares femmes de son temps à avoir écrit une œuvre théâtrale traitant de l’Algérie française —, offre des voix plurielles à l’altérité coloniale. La lutte politique et physique contre l’oppression est portée par une femme, que les autres personnages considèrent comme une fanatique. L’analyse dramaturgique de cette œuvre est enrichie par l’apport des sciences sociales des trois dernières décennies, qui favorisent le dialogue entre les notions d’intersectionnalité, d’altérisation et d’assignation raciale, mobilisées dans une perspective critique.
Amélie Gregório (Mon,) studied this question.