Résumé Que signifie aimer et être aimé dans un monde façonné à la fois par des métaphores mystiques et un individualisme moderne ? Cet article présente une ethnographie narrative d'un réseau d'amitié de jeunes iraniens (le groupe « Hejrat »), avec lesquels l'auteur a vécu et participé entre 2018 et 2022. Il identifie deux orientations affectives dominantes : celle où l'amour est considéré comme une partie de la vie, et une autre où la vie elle-même est vécue pour l'amour. Ces répertoires en mutation s'activent sous la pression de la famille, du droit, de la classe et du genre. Ils sont façonnés par des grammaires culturelles contrastées : des traditions mystiques et poétiques qui soulignent le désir, le sacrifice et la transcendance, et des cadres contemporains ancrés dans l'autonomie, l'égalité et le respect mutuel. L'analyse retrace comment des métaphores issues de la littérature soufie persane—comme talab (désir) ou feraq (séparation)—continuent de structurer les vies émotionnelles, produisant souvent des attachements intenses mais fragiles. En revanche, des répertoires plus laïques permettent la culture de relations dialogiques et résilientes. L'article soutient que l'amour romantique n'est pas simplement une expérience privée mais une pratique morale où les métaphores culturelles, les soi éthiques et les enjeux existentiels convergent. Il contribue aux débats en anthropologie de l'émotion, de l'amour et de l'incarnation en montrant comment les traditions littéraires, les conditions sociales et la vie quotidienne co-construisent des subjectivités affectives.
Peyman Ahmadi (jeu,) a étudié cette question.