La prise de conscience croissante des risques liés aux changements climatiques représente un enjeu important pour le bien-être psychologique et collectif. De nombreuses personnes, particulièrement les jeunes adultes, éprouvent une détresse psychologique désormais reconnue sous le nom d’écoanxiété. Bien que cette réaction soit considérée comme normale face à une menace réelle, elle peut néanmoins avoir des effets délétères sur celles et ceux qui la ressentent. Malgré l’essor des recherches sur l’écoanxiété, peu d’études se sont penchées sur sa dimension sociale. Objectif. La présente étude s’appuie sur des groupes de discussion issus d’un projet plus vaste sur l’expérience de l’écoanxiété chez de jeunes adultes de 18 à 34 ans vivant au Québec. Bien que la visée initiale de la recherche ne portait pas sur la dimension sociale, cette dernière s’est imposée comme un thème récurrent et structurant lors de l’analyse qualitative. Ancré dans une perspective de psychologie sociale et de santé publique, le présent article a pour objectif de caractériser cette dimension, en examinant comment les processus relationnels, normatifs et collectifs façonnent l’expérience de l’écoanxiété chez les jeunes adultes. Méthode. Huit entretiens de groupe ont été menés auprès de 32 personnes s’identifiant comme vivant de l’écoanxiété. Résultats. L’analyse thématique des discussions met en évidence plusieurs dynamiques sociales qui façonnent l’expérience de l’écoanxiété, telles que des tensions au sein des relations familiales et amicales et de la stigmatisation, mais aussi la recherche de soutien émotionnel auprès de pairs partageant des préoccupations similaires. Ces interactions influencent la manière dont l’écoanxiété est vécue, exprimée et régulée, agissant tantôt comme facteurs aggravant la détresse, tantôt comme source de réconfort et de légitimité. Conclusion. L’étude met en évidence le rôle central de la dimension sociale, à la fois comme facteur d’amplification et comme levier de soutien. Bien que l’écoanxiété soit souvent présentée comme une réponse individuelle aux menaces climatiques et environnementales, nos résultats suggèrent qu’elle est aussi profondément façonnée par le tissu social, notamment par les relations interpersonnelles au sein desquelles elle émerge. En reconnaissant cette dimension, la recherche ouvre la voie à une compréhension plus fine des expériences d’écoanxiété et à des pistes d’intervention qui valorisent les espaces de dialogue, de soutien et d’action collective comme ressources de régulation émotionnelle et de résilience.
Boivin et al. (Wed,) studied this question.