Dans son dernier ouvrage, L’Inexploré (2023), Baptiste Morizot parle de l’avènement d’un nouveau régime du temps. Pour qualifier cette période de remise en cause fondamentale de la nature des relations entre les êtres humains et la Terre, il emprunte un concept aux traditions animistes, le temps mythique. Pour Morizot, « le temps mythique […] se caractérise par la prolifération des êtres de la métamorphose, et qui annonce qu’on doit, qu’on va passer d’un monde à l’autre, au sens de nos relations avec les êtres qui le peuplent » (2023, p. 32). Les êtres de la métamorphose sont ceux dont nous ne savons plus la nature, le statut, ni quelle relation envers eux stabiliser. Faut-il considérer des montagnes comme des personnes morales? Est-ce que l’exploitation des animaux d’élevage constitue le dernier crime d’esclavage et de cannibalisme institutionnalisé? Comment penser l’identité de l’être humain si on lui reconnaît la qualité d’holobionte, c’est-à-dire celle d’un être vivant constitué non seulement de ses propres cellules, mais aussi d’une quantité de micro-organismes qui lui sont associés (bactéries, champignons, virus) (Muséum nationale d’Histoire naturelle, 2024)? On peut se demander, en ce qui concerne la traduction, si on n’est pas également entré dans ce temps mythique où les êtres de la métamorphose n’arrêtent pas de se présenter. De nos jours, qu’est-ce qu’on entend désormais par « langue », « culture », « traduction » dans nos débats sur les pratiques de traduction? À l’heure de la crise écologique, des poussées populistes, et de l’intelligence artificielle, est-ce qu’on peut encore identifier avec certitude la nature et les objets de la traductologie? Qu’est-ce qui pointe à l’horizon, la minorisation inexorable de notre profession ou un vaste élargissement du champ des possibles?
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Michael Cronin (2025) studied this question.
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