L’étude des énoncés génériques avec un GN sujet sous la forme d’un pluriel nu (ex. lions have manes) s’est concentrée sur les conditions de vérité des énoncés, sans contextualisation de la production de ces derniers. Ce faisant, la question des liens entre générique et stéréotype (au sens d’une opinion toute faite souvent abusive) est absente. À l’inverse, les études de psychologie sociale et de communication consacrées aux stéréotypes n’étudient pas les énoncés de type « GN pluriel + prédication ». Cet article propose donc, à partir de données du réseau social Reddit et des corpus iWeb et NOW, une étude de cas d’une généralisation reconnue comme vraie selon les grands principes de vérité des énoncés génériques : Americans are overweight. Il s’agit de comprendre comment les locuteurs gèrent les exceptions inhérentes à cette généralisation. Pour ce faire, les emplois sont comparés aux occurrences précédées d’un élément de quantification (ex. 70% of Americans are overweight). Il s’agit de comprendre si un énoncé vrai, mais qui inclut tout de même une dimension d’évaluation négative, peut être la source de stéréotypes essentialisants. Un des principaux enjeux est plus précisément de voir si les généralisations ne sont que l’expression d’un degré de précision très bas qui, par le flou qu’il induit, favorise l’apparition d’un stéréotype. Un premier résultat majeur est que les généralisations constituent un processus cognitif différent de celui qui sous-tend les proportions relatives et les quantifications absolues ; malgré leur imprécision inhérente, ce ne sont pas ces formes qui favorisent l’expression de stéréotypes, au moins avec la propriété be overweight. Un second est qu’il important de distinguer l’évaluation négative du stéréotype essentialisant : aucun de nos énoncés ne donne une dimension positive au surpoids, mais la bascule vers le stéréotype essentialisant attribue le surpoids à un défaut de caractère, à un trait de personnalité (relation « en vertu de »). Enfin, une comparaison avec Americans are fat proposée en fin d’étude sur les corpus iWeb et NOW montre que fat, plus péjoratif que overweight, est plus fréquemment (mais pas toujours) associé à des évaluations essentialisantes.
Zaïdi et al. (Thu,) studied this question.