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Joseph Schumpeter, un grand économiste et chercheur en sciences sociales de la génération précédente, dont la carrière s'est partagée presque à parts égales entre universités d'Europe centrale et américaines, et qui a vécu au plus près des crises des années 1930 et 1940, a publié en 1942 un ouvrage intitulé Capitalism, Socialism, and Democracy. Ce livre a exercé une grande influence et peut être lu aujourd'hui avec profit. Il a été rédigé dans le sillage de la Grande Dépression, lors des premiers triomphes du fascisme et du nazisme en 1940 et 1941, à une époque où l'avenir du capitalisme, du socialisme et de la démocratie était incertain. Schumpeter prévoyait un avenir marqué par le déclin du capitalisme et l'essor du socialisme. Il pensait que la démocratie sous le socialisme ne serait peut-être pas plus altérée ni plus problématique qu'elle ne l'était sous le capitalisme. Il a rédigé un chapitre de conclusion dans la deuxième édition parue en 1946, qui prenait en compte la situation politico-économique à la fin de la guerre, avec l'Union soviétique dominant alors une Europe dévastée. Dans ce dernier chapitre, il soutient qu'il ne faut pas assimiler l'avenir du socialisme à celui de l'Union soviétique, et que ce que nous avions observé et observions au cours des trois premières décennies de l'existence soviétique n'était pas une expression nécessaire du socialisme. La Russie tsariste y était pour beaucoup. Si Schumpeter écrivait aujourd'hui, je ne pense pas qu'il soutiendrait que le socialisme a un avenir plus prometteur que le capitalisme. La relation entre les deux s'est avérée bien plus complexe et imbriquée que ce que Schumpeter avait anticipé.
Gabriel A. Almond (Sun,) a étudié cette question.