Lors des affaires judiciaires traitées devant le podestat et son juge des maléfices, des hommes et des femmes des communes marchésanes des derniers siècles médiévaux ont comparu en tant qu’accusateurs, querellants, inculpés, défenseurs ou témoins. Pour ce faire, les témoins masculins ont pu se rendre dans un seul et même lieu : le palais communal. En revanche, seules les femmes accusées de délits jugés suffisamment graves, inculpées, torturées et incarcérées en attente de jugement, ont pu entrer dans le palais. Celles qui ont commis de petits délits et celles qui ont été convoquées pour faire une déposition ont été entendues dans d’autres lieux, essentiellement dans les églises de leur ville ou de leur village, obligeant ainsi, podestat et juge à déplacer le banc de justice. Cette curieuse asymétrie de genre est capitale pour éclairer la nature masculine du pouvoir, la sanctuarisation du palais communal, la double polarisation de l’espace autour du palais et des églises, la présence féminine dans l’espace publique et politico-judiciaire, le genre de la citoyenneté, le crédit accordé au témoignage des femmes et le fonctionnement des régimes de genre. Cette partition tranchée s’explique par la méfiance à l’égard du témoignage féminin considéré comme de moindre valeur dans la recherche de la vérité. L’église est le lieu idéal pour rendre la parole des femmes plus crédible sous la surveillance divine en leur offrant une protection face au personnel judiciaire exclusivement masculin devant lequel elles doivent se présenter seules. L’étude s’appuie sur des rubriques de vingt statuts communaux du centre des Marches entre le début du xiv e siècle et le milieu du xvi e siècle et sur les registres de la justice pénale ( libri maleficiorum ) du xv e siècle de trois communes : Macerata, Tolentino et San Severino.
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Didier Lett (2026) studied this question.
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